L'aspiration en cyclisme : comment fonctionne l'effet peloton ?
Pourquoi est-il si difficile de s'échapper d'un peloton ? Combien d'énergie économise-t-on dans la roue d'un autre cycliste ? L'aspiration, les relais, les bordures et les éventails expliqués.
À vélo, sur le plat, le principal adversaire n'est ni le poids ni les frottements : c'est l'air. Dès 30 km/h, il représente la plus grande part de la résistance à vaincre, et cette part grimpe très vite avec la vitesse. Tout le cyclisme sur route est construit autour de cette réalité.
1. Le principe de l'aspiration
Un cycliste qui avance ouvre l'air devant lui et laisse derrière lui une zone de dépression, où l'air est entraîné dans son sillage. Celui qui se place juste derrière roule dans cet air déjà « ouvert » : il a beaucoup moins de résistance à vaincre. On dit qu'il est à l'abri, ou « dans la roue ».
2. Combien économise-t-on ?
- Dans la roue d'un seul cycliste, à quelques dizaines de centimètres, l'économie est d'environ un quart à un tiers de l'effort.
- Plus on est loin dans une file, mieux on est protégé.
- Au cœur d'un grand peloton, une étude en soufflerie publiée en 2018 a montré que la résistance de l'air pouvait tomber à moins d'un dixième de celle subie par un coureur seul.
C'est ce qui explique qu'un coureur puisse passer cinq heures dans le peloton en gardant des forces pour le final.
3. Pourquoi l'échappée finit souvent reprise
Le coureur seul devant affronte l'air en entier. Derrière lui, des dizaines de coureurs se relaient et s'abritent. À puissance égale, le peloton roule donc bien plus vite. Une échappée ne réussit que si le peloton tarde à s'organiser, ou si le terrain lui est favorable.
4. Les relais
Dans un groupe, chacun passe en tête à son tour pour partager l'effort, puis se laisse glisser à l'arrière pour récupérer. En contre-la-montre par équipes, cet exercice est poussé à l'extrême : les coureurs roulent roue dans roue, à plus de 55 km/h.
Voir nos conseils pratiques pour rouler en groupe.
5. Les bordures
Quand le vent souffle de côté, l'abri ne se trouve plus derrière, mais en biais. Les coureurs se décalent alors en diagonale sur toute la largeur de la route : c'est un éventail. La route n'étant pas extensible, seuls quelques coureurs y trouvent place. Les autres s'alignent en file le long du bas-côté, sans abri : ils sont « dans la bordure », et finissent par lâcher prise.
Une équipe qui accélère au bon moment par vent de côté peut ainsi faire exploser le peloton, et faire perdre plusieurs minutes à un favori mal placé.
6. Et en montagne ?
En montée, la vitesse chute, et la résistance de l'air avec elle : c'est le poids qui devient l'adversaire. L'aspiration joue beaucoup moins, même si suivre une roue aide encore, à la fois physiquement et mentalement. C'est pour cela que les écarts se creusent dans les cols.
7. Quand s'abriter est interdit
- En contre-la-montre individuel, un coureur rattrapé n'a pas le droit de rester dans la roue de celui qui le double.
- S'abriter derrière une voiture ou une moto est sanctionné, sauf tolérance après une chute ou un incident mécanique.
- En triathlon, l'aspiration à vélo est interdite sur la plupart des épreuves longue distance.
8. Ce qu'il faut en retenir quand on roule
En sortie, rouler à deux ou trois en se relayant permet d'aller plus vite, plus loin, pour le même effort. Face au vent, c'est encore plus vrai. C'est la première raison de rejoindre un groupe ou un club.