S'encorder et assurer : les bases de la sécurité en escalade
L'escalade encordée est un sport sûr, à condition de respecter quelques gestes à la lettre. Nœud de huit, vérification mutuelle, moulinette, grimpe en tête, assurage : ce que tout grimpeur doit savoir avant de quitter le sol.
Le matériel d'escalade ne casse pratiquement jamais. Les accidents viennent presque toujours d'une erreur humaine : un nœud inachevé, un assureur distrait, une corde trop courte. Les règles qui suivent s'apprennent avec un encadrant, en club ou en salle ; cet article ne remplace pas cet apprentissage.
1. La cordée : un grimpeur, un assureur
On grimpe à deux. Le grimpeur est attaché à un bout de la corde. L'assureur, au sol, fait passer la corde dans un système d'assurage fixé à son baudrier : il donne du mou ou en reprend, et bloque la corde en cas de chute.
2. Le nœud de huit
C'est le nœud d'encordement de référence, enseigné partout :
- on fait un premier nœud en forme de 8 sur la corde, à un mètre du bout environ ;
- on passe le bout dans les deux points d'encordement du baudrier, pas dans un porte-matériel ;
- on retisse le huit en suivant le premier nœud en sens inverse ;
- on serre brin par brin : cinq paires de brins bien parallèles, et un bout libre d'au moins une main de long.
Sa qualité principale : il se vérifie d'un coup d'œil. Une règle d'or : on termine toujours son nœud avant de faire ou de dire autre chose.
3. Le contrôle mutuel
Avant chaque voie, chacun vérifie l'autre, sans exception, quel que soit le niveau :
- les baudriers : bien fermés, au-dessus des hanches ;
- le nœud du grimpeur : terminé, dans les bons points ;
- le système d'assurage : corde dans le bon sens, mousqueton verrouillé, accroché au pontet ;
- le bout de la corde : un nœud au bout, pour qu'elle ne puisse pas s'échapper du système à la descente.
Ce contrôle prend dix secondes. La plupart des accidents graves en salle auraient été évités par lui.
4. La moulinette
C'est la façon de grimper des débutants. La corde passe déjà dans un relais en haut de la voie : elle monte de l'assureur au sommet, puis redescend jusqu'au grimpeur. L'assureur reprend la corde à mesure que le grimpeur s'élève. En cas de chute, le grimpeur ne tombe pas : il reste suspendu.
5. Grimper en tête
Ici, la corde part d'en bas. Le grimpeur la mousquetonne dans des dégaines accrochées aux points d'ancrage, au fur et à mesure de sa progression. S'il tombe, il chute de deux fois la distance qui le sépare du dernier point, plus l'allongement de la corde.
- On mousquetonne à hauteur de la taille ou de la poitrine, sans tirer trop de corde.
- La corde ne doit jamais passer derrière la jambe : en cas de chute, elle retourne le grimpeur.
- Les deux premiers points sont les plus délicats : une chute peut y ramener au sol. L'assureur se tient près du mur, et « pare » le grimpeur avant le premier point.
Grimper en tête s'apprend après plusieurs mois de moulinette.
6. Assurer
La règle absolue : la main placée sous le système, côté corde libre, ne lâche jamais la corde. C'est elle qui freine.
- L'assureur regarde son grimpeur, et rien d'autre. Pas de téléphone, pas de conversation.
- Il se tient près du mur, pas à trois mètres en arrière.
- En tête, il donne du mou rapidement au moment du mousquetonnage, puis le reprend.
- Il dynamise la chute en accompagnant d'un pas, pour éviter au grimpeur un choc contre le mur.
- Si le grimpeur est beaucoup plus lourd, l'assureur peut être soulevé : il existe des dispositifs qui compensent l'écart de poids.
Les systèmes à freinage assisté aident à bloquer la corde, mais ne dispensent d'aucune de ces règles. Voyez notre guide des systèmes d'assurage.
7. Se parler
Quelques mots suffisent, toujours les mêmes :
- « Sec ! » : le grimpeur demande à l'assureur de tendre la corde.
- « Du mou ! » : il a besoin de corde.
- « Prends-moi », puis « Descends-moi » : arrivé en haut, il s'assoit dans le baudrier et se fait redescendre.
En falaise, où l'on ne s'entend pas toujours, on ajoute le prénom du partenaire, et l'on convient à l'avance de ce que l'on fera au relais.
8. La descente
L'assureur laisse filer la corde lentement et régulièrement, les deux mains dessus. Le grimpeur se tient assis, jambes écartées, pieds à plat contre le mur. En falaise, on vérifie que la corde est assez longue pour l'aller-retour : c'est une cause classique d'accident, que le nœud en bout de corde suffit à éviter.
9. Et en bloc ?
Pas de corde, mais des règles tout de même :
- ne jamais stationner ni passer sous un grimpeur ;
- vérifier que la zone de chute est dégagée : ni gourde, ni brosse, ni pied de tapis ;
- redescendre en désescaladant plutôt que sauter du sommet ;
- apprendre à tomber sur les deux pieds, puis à rouler.
10. En falaise, quelques précautions de plus
- Le casque, pour le grimpeur comme pour l'assureur : des pierres peuvent tomber.
- Un topo à jour, pour connaître la longueur des voies.
- La manœuvre de haut de voie, pour passer la corde dans le relais, s'apprend au sol avec un encadrant avant d'être faite à vingt mètres.
Pour vous équiper, voyez nos guides du baudrier et des chaussons. Pour trouver un encadrement, consultez l'annuaire des clubs.