La grande voie : l'escalade en plusieurs longueurs
Quand la paroi est plus haute que la corde, on la gravit par étapes, de relais en relais. Longueurs, relais, cordée réversible, voies équipées ou terrain d'aventure, cotations d'engagement : ce qui fait la différence avec l'escalade en falaise école.
En falaise école, ou « couenne », une voie fait vingt ou trente mètres : on monte, on redescend, on recommence à côté. Une grande voie change d'échelle : cent, trois cents, parfois plus de mille mètres de rocher, gravis en une journée ou davantage. C'est une autre pratique, à mi-chemin entre l'escalade sportive et l'alpinisme.
1. Le principe : des longueurs et des relais
Une corde mesure cinquante à quatre-vingts mètres. Pour gravir une paroi plus haute, on la découpe en longueurs, de vingt à cinquante mètres chacune. Entre deux longueurs, un relais : un emplacement, parfois une vire confortable, parfois rien du tout, où deux ancrages reliés permettent à toute la cordée de s'attacher.
Les topos numérotent les longueurs : L1, L2, L3… et donnent pour chacune sa cotation et sa longueur.
2. Comment progresse la cordée
- Le premier de cordée grimpe la longueur en tête, assuré d'en bas par son compagnon.
- Arrivé au relais, il s'y attache, puis assure le second depuis le haut.
- Le second grimpe en récupérant les dégaines, et le rejoint.
- La cordée repart pour la longueur suivante.
Deux façons de s'organiser : en réversible, le second repart en tête en arrivant au relais, et les rôles alternent à chaque longueur ; en leader fixe, le même grimpeur mène toute la voie.
3. Voies équipées et terrain d'aventure
- La grande voie équipée : des points d'ancrage scellés ou forés jalonnent chaque longueur, et les relais sont en place. On y grimpe avec le matériel de falaise, complété de quelques accessoires.
- Le terrain d'aventure : peu ou pas d'équipement en place. La cordée pose elle-même ses protections, des coinceurs dans les fissures et des sangles sur les becquets, et construit ses relais. C'est une discipline à part entière, qui demande un long apprentissage.
- Entre les deux, des voies partiellement équipées, où les points sont espacés et se complètent.
4. Ce qui change par rapport à la couenne
- On ne redescend pas quand on veut : une fois engagé, il faut sortir par le haut, ou descendre en rappel.
- L'itinéraire n'est pas toujours évident : il faut lire le topo et le rocher.
- Les points sont plus espacés qu'en salle ou en falaise école.
- Le temps compte : dix longueurs à quarante-cinq minutes chacune font une longue journée, avec l'approche et la descente.
- L'environnement : chutes de pierres, météo, chaleur, soif, fatigue.
5. Des cotations plus riches
La difficulté de chaque longueur est donnée dans l'échelle habituelle. Voyez les cotations en escalade. S'y ajoutent, selon les topos :
- la difficulté maximale et la difficulté obligatoire : le niveau qu'il faut réellement passer en libre, entre deux points, sans pouvoir s'aider du matériel. « 6b max, 5c obligatoire » se lit ainsi ;
- une cotation d'équipement ou de protection, qui dit si les points sont rapprochés ou lointains ;
- une cotation d'engagement, qui tient compte de la longueur, de l'isolement et de la difficulté de la retraite ;
- en montagne, la cotation d'ensemble de l'alpinisme, de F (facile) à ED (extrêmement difficile).
Pour choisir une voie, c'est la difficulté obligatoire et l'engagement qu'il faut regarder en premier.
6. La descente
Elle fait partie de la course, et c'est souvent là que surviennent les accidents, quand la fatigue est installée.
- À pied, par un sentier, quand la voie débouche sur un plateau.
- En rappel, dans la voie ou par une ligne équipée à cet effet.
Voyez notre article sur le relais et le rappel.
7. Où grimper en France ?
Le pays est l'un des mieux dotés d'Europe :
- les gorges du Verdon, où l'on commence souvent par descendre en rappel pour remonter ;
- Presles, dans le Vercors, et les parois de la Drôme et du Diois ;
- les Calanques, au-dessus de la mer ;
- Ailefroide, dans les Écrins, réputé pour ses voies d'initiation sur granit ;
- Orpierre et les Baronnies ;
- les Pyrénées, de la dent d'Orlu au pic du Midi d'Ossau ;
- la Corse, avec les aiguilles de Bavella ;
- le massif du Mont-Blanc, pour les grandes voies de haute montagne.
8. Par où commencer ?
Par une voie courte, bien équipée et nettement en dessous de son niveau, avec quelqu'un d'expérimenté : un club, un ami autonome, ou un guide de haute montagne ou un moniteur d'escalade diplômé. Voyez nos conseils pour préparer sa première grande voie.