La notation en gymnastique artistique : comprendre les notes D et E
Pourquoi une gymnaste obtient-elle 14,566 et non plus 10 ? Depuis 2006, la note additionne la difficulté de l'exercice et la qualité de son exécution. Comment les juges comptent, ce que coûte une chute, et comment lire un tableau d'affichage.
Pendant des décennies, la note maximale en gymnastique a été 10. Ce n'est plus le cas depuis 2006 : les notes sont désormais « ouvertes », sans plafond. Le principe, lui, est simple : on additionne ce que le gymnaste tente et la manière dont il le réussit.
1. Une note en deux parties
Note finale = note D + note E − pénalités
- La note D, pour difficulté : la valeur du contenu de l'exercice.
- La note E, pour exécution : la qualité de la réalisation, sur 10.
Deux groupes de juges distincts les établissent.
2. La note D : ce que vaut l'exercice
Chaque élément figure dans le code de pointage, le règlement de la fédération internationale, avec une valeur désignée par une lettre : A vaut 0,1 point, B 0,2, C 0,3, et ainsi de suite jusqu'aux éléments les plus rares, cotés H, I ou J.
- On additionne les éléments les plus difficiles de l'exercice, en nombre limité : huit chez les femmes.
- On ajoute des points pour les exigences de composition : l'exercice doit contenir certains types d'éléments.
- Aux barres, à la poutre et au sol, des bonifications de liaison récompensent l'enchaînement direct d'éléments difficiles.
La note D se construit donc de zéro vers le haut. Chez les meilleurs, elle se situe autour de 6 points, davantage au sol ou au saut pour quelques spécialistes.
3. La note E : comment il est exécuté
Ici, le calcul part de 10, et les juges retirent des points à chaque faute :
- 0,1 point pour une petite faute : pointes de pieds relâchées, bras légèrement fléchis, petit pas à la réception ;
- 0,3 point pour une faute moyenne : jambes écartées, gros déséquilibre ;
- 0,5 point pour une grosse faute : réception très basse, appui des mains ;
- 1 point pour une chute.
Chez les femmes, la note E comprend aussi l'artistique à la poutre et au sol : rythme, expression, lien avec la musique. Une note E au-dessus de 9 est exceptionnelle.
4. Les pénalités
Elles sont retirées à la fin, par le juge responsable :
- sortie du praticable au sol : 0,1 ou 0,3 point ;
- dépassement du temps ;
- tenue non conforme, comportement.
5. Un exemple
Une gymnaste présente à la poutre un exercice d'une valeur D de 5,8. Elle l'exécute avec quelques petits déséquilibres et un pas à la réception : les juges lui accordent 8,3 en exécution. Sa note finale est de 14,100. Avec une chute, elle aurait obtenu 13,100 : c'est en général ce qui sépare un podium d'une sixième place.
6. Risquer ou assurer ?
C'est tout le dilemme. Un exercice plus difficile part de plus haut, mais expose à davantage de fautes. Un exercice simple, parfaitement réalisé, peut battre un exercice ambitieux mal maîtrisé. Les entraîneurs construisent les mouvements en fonction de ce calcul.
7. Et le « 10 parfait » ?
En 1976, aux Jeux de Montréal, la Roumaine Nadia Comaneci, quatorze ans, obtient le premier 10 de l'histoire olympique, aux barres asymétriques. Le tableau d'affichage, qui n'avait pas été prévu pour cela, indique « 1.00 ». L'ancien système, plafonné, ne permettait plus de départager des gymnastes de plus en plus forts : il a été abandonné après les Jeux de 2004. Le 10 existe encore dans certains championnats universitaires américains.
8. Les réclamations
Un entraîneur peut contester la note D de son gymnaste, juste après son affichage, s'il estime qu'un élément n'a pas été compté. La note E, elle, ne se conteste pas. Les juges s'appuient sur la vidéo pour vérifier.
9. Lire un classement
- Au concours général, on additionne les notes de tous les agrès : autour de 55 à 58 points pour les meilleures femmes sur quatre agrès, de 85 à 88 pour les meilleurs hommes sur six.
- Au saut, en finale, les gymnastes présentent deux sauts différents : on fait la moyenne.
- En finale, pas plus de deux gymnastes par pays : une troisième, même mieux classée en qualifications, reste dans les tribunes.
Pour mettre des images sur ces notes, voyez les agrès de la gymnastique artistique et la fiche des Mondiaux de Rotterdam.